Artograf | poils sur les e
Contre l'écriture inclusive et les faux débats prétendument féministes
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Faut pas nous chercher des poils sur les « e » !

Faut pas nous chercher des poils sur les « e » !

Fervente partisane de la cause des femmes, je lutte fermement depuis toujours, depuis mon enfance même, contre tout ce qui peut porter atteinte à leurs droits et à leur dignité.

Il y a cinquante ans, je m’étonnais et avais déjà du mal à comprendre que l’on pût voiler son corps et son visage pour le cacher à la face et aux regards vicelards de l’autre moitié du monde… dénonçant par là même, en quelque sorte, le fait que l’autre moitié de l’humanité serait donc essentiellement composée de cochons lubriques… Or cette image des hommes n’est pas très flatteuse, avouons-le!

Aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre et je m’étonne que l’on puisse nous chercher des poils sur les « e » en cherchant à nous imposer une sorte de ridicule billevesée grammaticale qui compliquerait encore la tâche des écrivain·e·s et autres auteur·e·s, de leurs correcteur·trice·s, de leurs éditeur·trice·s, de leurs lecteur·trice·s, des professeur·e·s des écoles, etc. (ouf !)

 

 

Depuis fort longtemps amplement d’accord pour que l’on féminise les noms de fonctions ou de métiers, je suis coupable, je vous l’avoue, de ce que d’aucuns qualifieraient d’enfantillages « féministes » tels que des « directeurs » (femmes) devenus « directrices » sur des milliers de cartes de visite (je travaillais alors dans l’atelier « compo » d’une importante imprimerie) et qui ont été pour moi autant de petites luttes à ma modeste échelle.

Je suis également volontairement responsable de nombre d’anecdotes et âpres discussions quand certaines femmes, parvenues à de hautes fonctions dans les entreprises qui les employaient, voulaient à tout prix que l’on écrivît lesdites fonctions au masculin (« on privilégie la fonction » me disaient-elles alors, visiblement fort ennuyées). Néanmoins, fort curieusement, elles changeaient d’avis dès qu’il s’agissait des cartes de visite de leurs subordonnées. C’était le cas de « Mme Machinchose – attachée de direction » que, pour suivre la même ridicule démarche, j’écrivais donc, suivant la même stupide logique : « attaché de direction », non sans un clin d’œil vachard et rien que pour le plaisir d’amener mes clientes à réfléchir… (« On privilégie la fonction, c’est bien ce que vous m’avez dit, non ? » prenais-je un malin plaisir à rétorquer quand on me disait « il faut écrire “attachée” »).

Par ailleurs, quand une brave dame, souvent « d’un certain âge, voire d’un âge certain », venait commander des cartes de visite personnelles au nom de Mme Pierre Dupont ou de Mme veuve Jean Durand, mon humour et mon sang ne faisaient alors qu’un tour et je lui disais, adoptant l’air de celle qui n’avait rien compris :

« Oui, mais ça, Madame, c’est le prénom de votre mari, pas le vôtre… »

Parfois, je poussais le bouchon jusqu’à dire : « Vous n’avez pas un prénom bien à vous ? » 

« C’est comme ça qu’on fait habituellement, non ?… » me répondait la dame.

« Certes, mais les habitudes d’un autre âge, on peut les changer. »

En dernier ressort, nous imprimions ce que les clientes demandaient. Néanmoins, j’avais levé le voile (ne voyez là aucun parallèle) sur un détail particulièrement avilissant et infantilisant des usages.

« Oui, mais ça, c’est le prénom de votre mari, pas le vôtre… »

Ce sont là de petits combats féministes discrets mais concrets qui en valent d’autres et s’attaquent à la pensée de la femme elle-même et à d’avilissantes modes pluriséculaires…

 

 

Merci, sœur Monique…

 

Sans doute parce que la petite école Sainte-Marie se trouvait à deux pas de chez nous, mes parents m’avaient inscrite à « l’école des sœurs ». J’y reçus un enseignement efficace et presque personnalisé (nous étions sept élèves en classe de CM2 !), mais aussi une éducation religieuse obligatoire qui fit de moi, pendant un temps, une fervente petite chrétienne…

Crise des vocations et génération contestataire aidant, je l’ai échappé [c’est bien « é »] belle et j’ai radicalement changé de casaque dès ma prime adolescence !

Néanmoins, je me remémore – non sans émotion et gratitude – mon institutrice de CM1-CM2, la sévère mais juste et efficace « sœur Albert », devenue sœur Monique quand enfin, un beau jour, l’Église l’autorisa à récupérer son prénom féminin auquel elle tenait tant. Je me souviens que ce jour-là fut un jour de fête dans notre petite classe. Tournée de bombecs générale !

Il me revient en mémoire ses phrases et son visage quand, visiblement quelque peu à contrecœur, elle nous disait : « En matière d’accord des adjectifs et des participes passés, le masculin l’emporte sur le féminin… enfin, c’est ce que l’on a trouvé pour simplifier… » Je revois très bien une légère moue désapprobatrice se dessiner sur son visage au moment où elle prononçait ces mots. Il y avait a priori quelque chose là-dedans qui lui restait tout de même bigrement en travers de la gorge et son « en matière de » laissait entrevoir son désaccord.

Sœur Monique, sans doute la première « femme volontaire et fière d’être femme » qu’il m’ait été donné de côtoyer. À défaut d’avoir fait de moi l’une de ses sœurs en religion, elle me fit aimer les études et comprendre ô combien le combat contre les paresses intellectuelles est essentiel pour peu que l’on souhaite être une personne indépendante, forte et respectée.

En ce qui me concerne, j’ai toujours vu dans cette « règle » celle du « masculin ayant valeur de neutre », celle qui simplifie les choses, rien de plus, et c’est en ces termes de « neutralité grammaticale » que je l’ai toujours expliquée.

N’est-il pas plus sage et plus simple de la considérer et de l’énoncer ainsi ?

Certes, il est normal que le concept d’un autre siècle qui se trouve être à la base de cette règle nous chatouille le cerveau et nous choque. Pour ma part, cette règle me heurte depuis l’enfance et il est vrai qu’il serait bon que l’on y trouvât une parade.

Avouons toutefois que, tout bien considéré, une révolution de la langue telle que l’écriture inclusive que l’on nous propose ne serait vraiment pas simple à mettre en œuvre !

 

 

Un peu de bon sens tout de même !

 

La règle de l’écriture inclusive, telle qu’elle nous est proposée, si elle est plus ou moins imaginable à l’écrit, ne tient absolument pas compte de la difficulté qui serait engendrée à l’oral !

Vous entendez-vous en train de prononcer, par exemple, une phrase toute bête comme : « Il achètera, comme d’habitude, un pain ou une baguette trop cuit·e·s » ? Comment prononceriez-vous cela ? Vous vous retrouveriez, au mieux, pour ne pas enfreindre « l’idée » de la nouvelle règle, dans l’obligation de dire : « Il achètera, comme d’habitude, un pain trop cuit ou une baguette trop cuite. »

Je vous laisse imaginer ce que cela donnerait dans un film ou, pire encore, au théâtre… Ah ! une comédie de Molière ou une pièce de boulevard çà et là ponctuées de ces inclusions-là, quel bonheur ou, plutôt, quelle horreur !

 

 

Qu’en serait-il de l’enseignement du français ? Je n’ose imaginer le galimatias à venir !

 

Pendant des années, on nous a rebattu les oreilles avec les suggestions de nos chenus académiciens en matière de simplification de l’orthographe* (suggestions parfois fort saugrenues) et voilà qu’à présent nos gamins, et les adultes avec eux (notamment les gens de plume), ne savent plus sur quel pied danser.

Ne voilà-t-il pas que, sans doute en manque de « réformette à la noix », on veut nous pondre une nouvelle règle qui devrait me faire écrire ci-dessus : « chenu·e·s académicien·ne·s »,  « correcteur·trice·s », « gamin·e·s », « eux/elles »…

Heu… je vous avoue que cela ne m’emballe guère !

Pour détourner encore nos enfants de la langue française et de l’étude de celle-ci, il n’y a pas mieux !

Tout au plus une telle règle inclusive serait-elle peut-être de quelque utilité pour éliminer du cerveau de nos chers petits, forcés alors de mieux réfléchir, des horreurs du genre : « les navets et les carottes sont cuitent » (sic !  Si, si, c’est du vécu !). Encore que…

Sans parler des mots masculins tels que « tyran », « dictateur », « voyou », « filou », « gangster », etc., qu’il nous faudrait forcément féminiser un jour ou l’autre…

Non, merci. Tout bien réfléchi, ces mots-là, nous vous les laissons volontiers tels qu’ils sont !

Déjà que mon oreille a du mal à s’habituer aux « auteures » et autres « professeures » !

Chez moi, dans le Sud-Ouest, les syllabes finales en « e muet » ne sont justement guère muettes et ne prennent pas leur envol. Ici, un « e », c’est une voyelle qui a du caractère et qui se pose là ! Les mots terminés de la sorte, et nous savons combien ils sont nombreux dans notre langue, y ont un « e » final bien costaud, « bien planté » et plutôt sonore.

J’entends cela d’ici : « Sivouplé, Madame la professeure, pouvez-vous me passer le beurre ? »

 

 

Être un « Homme », accessoirement un « Homme femelle »…

 

Nous ne sommes pas sans savoir que, compte tenu des diversités culturelles et cultuelles, le mot « Homme » peut être aujourd’hui mal compris, mal interprété,  voire mal enseigné…
Si nous voulons fort légitimement changer quelque chose, pourquoi ne pas nous élever contre l’emploi du choquant « Homme » (l’espèce), fût-il affublé d’une majuscule, et lui préférer « l’être humain », « l’espèce humaine », voire « l’humain ». Ce serait là faire un véritable grand pas vers une bienvenue neutralité. Utiliser l’un de ces termes à connotation non sexuée pour englober la notion d’humanité tout entière permettrait de ne pas éliminer d’emblée des cerveaux les plus simples, les moins instruits ou les plus embrumés par l’obscurantisme plus de 50 % de la population mondiale !

Osons donc changer les « droits de l’Homme et du citoyen » en les « droits de l’Être humain, du citoyen et de la citoyenne ».

Euh… J’entends déjà des voix s’élever…

Non, s’il vous plaît, pas de « droits de l’Être humain et des citoyen·ne·s » !

 

 

Et chez les autres ?

 

Par ailleurs, l’histoire ne dit pas, si jamais nous venions à modifier notre grammaire selon les règles de l’inclusivite aiguë, ce qu’il adviendrait tôt ou tard d’autres langues dont la grammaire comporte peu ou prou la même règle que la nôtre (non, non, en dépit de ce que l’on veut vous faire croire, il n’y a pas que des anglophones autour de nous !)

Il va de soi que, tôt ou tard, d’aucuns se croiraient obligés de marcher dans nos pas. J’ai bien du mal à imaginer ce que cela donnerait en italien par exemple… Vu que le masculin, le féminin, le singulier et le pluriel s’y distinguent par des voyelles différentes et non par un simple « s », un accord à la mode inclusive serait tout de même bigrement difficile à appliquer dans cette langue, à l’écrit comme à l’oral.

 

 

Quand on veut « noyer le poisson »…

 

Ouvrons les yeux ! Ce pseudo-combat féministe est un faux débat de salon créé de toutes pièces pour masquer les dures réalités auxquelles sont actuellement confrontés les Françaises et les Français. Cela donne surtout à une certaine presse bien du grain à moudre et, pendant ce temps-là, on ne parle pas des choses qui fâchent. Le procédé est néanmoins éculé et je suppose que le peuple français n’est pas dupe.  L’avenir nous le dira…

 

Il va de soi que les combats communs aux femmes et aux hommes de ce pays devraient être tout autres. Nous devons tout d’abord grandement nous préoccuper de tout ce que l’on concocte dans les hautes sphères de l’État et qui est autrement plus grave que la prétendue féminisation de la langue française — car ce qui se prépare dans notre dos touchera demain tant nos fils que nos filles… Car c’est bien là que le bât blesse ! Ne nous trompons pas de sujet d’inquiétude.

 

Les véritables combats des femmes sont ailleurs !

 

Quant aux forces de combat des femmes, elles seraient certainement plus utiles et bien plus lourdes de conséquences sur d’autres champs de bataille (lesquels n’ont guère changé depuis plus de cent ans de luttes) : sur leurs lieux de travail, dans la rue, leurs quartiers, leurs cités, leurs foyers, leurs écoles et leurs universités… quand elles ont la chance d’avoir le droit d’y aller !

Parvenues au XXIe siècle, nous avons encore bien du pain sur la planche, mesdames, ne serait-ce que pour conserver les droits si durement acquis par nos mères et nos sœurs (il n’est qu’à ouvrir les yeux pour constater que nous sommes en période de sévère régression à ce sujet).

Lutter pour les femmes, c’est lutter pour l’égalité des salaires, mais pas n’importe comment*, pour avoir surtout les mêmes droits en matière d’évolution de carrière, pour abattre les barrières au travail comme à l’école et à la maison, pour exiger le respect, pour que demain il n’y ait plus de femmes qui souffrent et qui meurent sous les coups de leurs compagnons, pour que les violences physiques et morales soient sévèrement réprimées, pour que l’on ne revienne pas sur nos acquis en matière d’avortement, voire de contraception, pour que chaque femme puisse être correctement soignée au même titre que le serait un homme (ce qui n’est pas toujours le cas, même en France), pour que chaque gamine sur notre planète puisse librement accéder aux études qu’elle souhaite entreprendre et au poste de travail qu’elle convoite, pour que dans les cités de nos banlieues une jeune femme puisse sortir de chez elle en mini-jupe ou maquillée sans se faire insulter, pour que l’on ne force aucune femme à se voiler ou à se marier contre son gré, mais aussi pour qu’une femme ait le droit de sortir de chez elle non apprêtée et non maquillée si c’est son choix (des esclavages d’un autre type que les modes nous ont infligés), pour qu’on ne mutile plus les organes sexuels des petites filles et pour que, tant qu’à faire, on recommence à former des gynécos pour le bien des générations futures, etc.

 

* Parce que les femmes ont autrefois, il y a bien longtemps tout de même, implicitement accepté cette différence dans les salaires, le patronat, loin d’être idiot et de se tirer une balle dans le pied, en profiterait plutôt aujourd’hui pour aligner non pas les salaires des femmes sur ceux des hommes, mais l’inverse ! Là encore, nous ne sommes pas dupes. Nous le voyons bien dans le cas des professions où les travailleurs sont majoritairement des travailleuses (professions paramédicales par exemple) et où la tendance est curieusement « égalitaire », mais hélas dans le mauvais sens, les salaires des hommes étant calqués sur les salaires des femmes, la belle affaire !

 

C’est dans les cerveaux des femmes elles-mêmes qu’il faut faire du nettoyage !

 

Le combat des femmes pour leur dignité commence par la lutte « contre » la pensée des femmes elles-mêmes parfois, contre le sentiment mal assuré que certaines ont de leur propre valeur, contre des siècles d’acceptation d’un sort peu enviable. Or force nous est de constater que, par endroits, cela arrive encore plus aujourd’hui qu’il y a trente ou quarante ans. Hélas !

J’en veux pour exemple cette anecdote : il y a quelque vingt-neuf ans, une amie à qui je venais d’annoncer que j’avais changé d’employeur et percevais un bien meilleur salaire, m’asséna tout de go : « C’est un bon salaire… pour une femme ! », sans même avoir pensé à me demander ce qui, sur un plan strictement technique et professionnel, justifiait l’importante différence de traitement ni réfléchir, fût-ce l’ombre d’un instant, à l’amplitude du déconcertant poncif qu’elle venait de m’asséner.

L’onde de choc provoquée par cette assertion me meurtrit alors si profondément qu’elle me laissa un (court) instant bouche bée, comme atterrée. J’en perdis même mon sens de la répartie habituel. Je ne m’attendais certes pas à ce genre de cliché réducteur, et encore moins à ce qu’il fût prononcé par une femme. Revenue de cet effet de surprise, je me permis néanmoins, quelques secondes plus tard, de vivement m’indigner contre l’énormité de la « gaffe » et de sermonner mon interlocutrice… de même que je ne manquais pas de le faire quand cette même personne, parlant de son mari, disait : « il m’a fait la vaisselle » ou « il m’a repassé le linge »…

C’est contre ce type de pensées négatives et réductrices provenant des femmes elles-mêmes qu’il faut tout d’abord lutter pour changer ce qui doit impérativement être changé. Il ne suffit pas de modifier les règles de grammaire, cela reviendrait à légèrement gratter une peinture en façade pour mieux, par la suite, recouvrir un mur décrépit (et non « décrépi »). Je suis fermement convaincue que c’est à l’intérieur du cerveau des femmes elles-mêmes qu’il y a souvent un curetage à faire, qu’il faut gratter et gratter encore pour enlever des millénaires d’idées reçues accumulées et profondément ancrées…

Le reste,  l’écriture inclusive, le « matrimoine » et le patrimoine (et pourquoi n’écrirait-on pas l’un en rose et l’autre en bleu tant qu’on y est ?) etc., ce sont des lubies de petites bourgeoises friquées, de précieuses ridicules qui, entre un thé et deux biscuits, n’ont sans doute rien d’autre à faire que pérorer et ne savent certainement pas ce que vivre toutes nos vies de « rien·ne·s » signifie.

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