Artograf | BUON NATALE A TUTTI!
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BUON NATALE A TUTTI!

BUON NATALE A TUTTI!

BUON NATALE A TUTTI!
 

On a beau être une spécialiste de la langue française, on ne renie pas ses origines… encore moins en cette veille de Noël, fête miroir qui me renvoie les splendides images d’une enfance trop vite enfuie, de parents trop tôt disparus, de moments de joie et de tendresse trop rapidement effacés… Pour moi, Noël a forcément un goût et un parfum de « Bel Paese dove il sì suona ».

Chamarrées de mille scintillantes poussières de soleil et de lune, les cartes de vœux les plus belles accompagnaient alors les énormes, ronds et bedonnants colis de Noël que nos parents d’Italie nous envoyaient et qui contenaient un panettone « bello grosso » ainsi que des bonbons au goût incomparable, du touron de Crémone, de fins chocolats et autres inimitables « gianduiotti », voire quelque(s) pot(s) d’une fameuse pâte à tartiner au chocolat et à la noisette (délicieuse à l’époque…), de succulentes cochonnailles ou autres gros morceaux de parmigiano-reggiano… toutes choses alors introuvables en France, tout au moins en province…

Évidemment, vous me direz qu’aujourd’hui je peux me fournir presque toute l’année en parfumés « panettoni » (non, non, je ne mettrai pas un « s » au pluriel, dussé-je froisser quelques grammairiens franco-français) et autres produits transalpins partout en France… Grâce à Internet, je fais même venir – presque en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire – parmesan, coppa, prosciutto, culatello et saucisson de Felino directement de chez leurs producteurs… Ce qui était impensable à l’époque !

Justement, c’est bien là que le bât blesse. Plus d’attente, plus de savoureux mystères à découvrir une fois l’an, plus de papiers froissés sous nos menottes d’enfants, le charme est bel et bien définitivement rompu !

Qu’il était doux alors d’attendre Noël et son « colis milanais » débordant de douceurs enrobées de multicolores petits papiers de soie qui crissaient sous les doigts et que nous, enfants, cherchions sous la paille parfumée (de la vraie paille !) qui comblait les rares vides du traditionnel gros carton d’emballage « Motta » ou « Alemagna »…

Quant à la fameuse pâte au chocolat et à la noisette « de ma tatie », que l’on trouve aujourd’hui dans tous les supermarchés français, voilà qu’après que le fabricant a quelque peu changé son goût et fait couler force huile de palme dans sa recette, certains se sont sans scrupules employés à la dénigrer, voire à la descendre en flèche… Flûte et zut ! Ne touchez pas aux douces saveurs de mon enfance !

Comme chaque année :
– nous ne serons que trois ce soir ;
– notre (trop ?) grand garçon sera chez « belle-maman » et « beau-papa » ;
– rien ne nous viendra plus de Milan, pas même un coup de téléphone ;
– nous n’aurons mis dans la maison ni guirlandes ni sapin ;
– nous n’aurons pas nos jeunes adorables nièces à choyer, elles sont si « grandes » et si loin à présent ;
– nous n’aurons jamais, hélas, de petits-enfants à couvrir de joujoux et de bisous ;
– nous penserons, avec quelque crainte sans doute, au prochain Noël ;
– nous aurons probablement envie de pleurer sur nous-mêmes, sur notre solitude, sur notre enfant handicapée qui fera toujours de nous un étrange « couple à trois », sur cette saleté de maladie qui ronge l’un de nous et égratigne en profondeur les deux autres, sur cette vieillesse, l’ennemi implacable qui nous guette, sur tout cet amour que nous aurions tant voulu continuer à donner et dont personne ne veut plus, sans doute parce que l’enfant « différent » et la maladie (dont on ne prononce pas le nom de crainte de l’appeler) font de nous des pestiférés…

Mais, tout bien considéré, nous pourrions être là où nos semblables sont dans la peine et la douleur, là où nos propres concitoyens connaissent le chômage et la misère, là où, à deux pas de chez nous, les portes se ferment devant des miséreux condamnés à dormir dehors, ne sachant – justement – où « crécher »…

Pire encore, nous pourrions nous trouver dans un hôpital où un enfant au crâne étrangement dégarni réalise que c’est sans doute son dernier Noël.

Ou encore dans un pays où la Terre, probablement fort en colère, a violemment tremblé ou déversé ses larmes de feu cette année.

Nous pourrions être condamnés à (sur)vivre là où les humains se battent pour de vaines causes, là où des religions que l’on croyait « d’amour » font que les hommes s’entre-tuent ou massacrent des innocents, jetant sans vergogne et sans crainte l’opprobre sur le nom de leur propre dieu.

Nous pourrions, çà ou là dans le monde, être ce soldat prêt à se sacrifier pour – comme c’est étrange – tenter de préserver ou de ramener la paix les armes de guerre à la main et de protéger les enfants des autres. Oui, nous pourrions être ce militaire qui, en ce soir où seul l’amour devrait compter, pense, la peur chevillée au ventre, à ses propres enfants et à tous les siens qui tremblent pour lui et qu’il a laissés loin là-bas, en France, en Europe.

Nous pourrions nous trouver à Paris, à Nice ou à Berlin et pleurer un proche, voire un enfant décédé sous des roues d’un camion meurtrier ou sous les armes des fous d’un dieu sali par ceux qui osent faire la guerre en son nom et qui, lui, semble se moquer de tout cela comme de son tout premier « big bang » (en admettant qu’il y en ait eu plusieurs…)

Nous pourrions tout aussi bien être des enfants d’Alep et n’avoir… même plus la force de pleurer !

Alors, ce soir, que nous soyons des chrétiens se rendant à la « messe de minuit à 19 heures » et autant de joyeux lurons à festoyer à table ensuite ou, comme moi, vile mécréante, l’esprit occupé à corriger les pages d’un roman à l’eau d’une rose plutôt fanée, ayons une pensée pour tous ces enfants qui, pour certains, ne connaîtront jamais la magie de nos tendres veillées familiales, ne sanctifieront jamais le nom de quelque divin enfant que ce soit et qui, s’ils ont la chance d’en réchapper, deviendront des adultes que l’amour a oubliés.

Trêve de nostalgie ! Trêve de tristesse ! Voilà qu’est enfin revenu mon « Babbo Natale » préféré, en Vespa et le vent dans le dos, pressé de se rendre chez vous sans doute ! Réservez-lui votre meilleur accueil, c’est peut-être un sans-abri qui a trouvé un « petit boulot » pour la soirée.

Voilà que cette image d’un accueil chaleureux me fait penser de nouveau à l’Italie où, bien qu’elle en ait un peu « ras la casquette », la population saisit encore, à ses propres dépens et les larmes au bord du cœur, toute main tendue vers elle qui émerge des flots de la Méditerranée… C’est aussi pour cela, pour son opiniâtre générosité, que je l’aime !

Un très joyeux Noël à tous !

Ciao ciao!

 

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